tristitia salve

Cette formation aborde l’étude systématique de la langue latine.

Modérateurs : Équipe sillages.info, Michèle TILLARD, Catherine KLAUS, Patrick ADENIS

Sylvette DEREMOND
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tristitia salve

Messagepar Sylvette DEREMOND » sam. 2 janv. 2021 18:30

Bonsoir Michèle,
et merci d'avoir pris le temps de répondre à mes deux messages restés en suspens.
En ce qui concerne la traduction latine de "Bonjour tristesse", je ne sais pas si on peut la trouver en France. J'ai cherché sur Internet et vu qu'il y a un exemplaire à vendre sur Abebooks, qui est mis en vente par un libraire (ou un particulier?) allemand, de Berlin. Dans la biographie de Françoise Sagan où j'ai trouvé cette référence, l'auteur cite la première phrase du livre :"Sensu ignoto, cuius taedium, cuius suavitas me capiunt tristitiae nomen, tristitiae pulchrum nomen et grave induere sane haesito". Auriez-vous traduit de la même façon, avec le même ordre des mots?
Bien cordialement.
Sylvette

Sylvette DEREMOND
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tristitiae salve (suite)

Messagepar Sylvette DEREMOND » sam. 2 janv. 2021 19:02

Re-bonsoir,
J'ai oublié de vous donner la phrase exacte écrite par Sagan (pour vous éviter de la rechercher, non parce que vous ne pourriez la comprendre d'après le latin!!!) : " Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse".
Bonne soirée

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Michèle TILLARD
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Re: tristitiae salve (suite)

Messagepar Michèle TILLARD » dim. 3 janv. 2021 08:53

Bonjour Sylvette,
Vous soulevez là une question importante et récurrente : celle de la traduction, qui impose à la fois une rigoureuse fidélité à l'auteur (un écrivain comme Milan Kundera revoit lui-même, mot à mot, chaque traduction de ses romans en français et en anglais) et une adaptation à l'état présent de la langue d'arrivée (on ne traduit plus le latin aujourd'hui comme au 17ème siècle)... Ici, on est face à une double difficulté : comment traduire un auteur du 20ème siècle dans une langue qu'aucun auteur vivant ne pratique plus ? Et d'ailleurs, quel latin choisir ? Traditionnellement, à l'Université, on opte pour la langue de Cicéron et César, mais c'est purement arbitraire...

Pour un thème digne de l'Université, j'aurais choisi quelques variantes :
- "ignoto sensu" à la place de "sensu ignoto" : on met l'adjectif devant le nom ;
- le latin n'aime pas le "style coupé" (dont l'ennui, dont la douceur...) : je choisirais donc : cuius tædium suauitasque
- "capiunt" est un peu faible pour "obséder" ; "obsidunt" ou "circumstant" me semblent préférable (dans "obséder" il y a l'idée d'assiéger)
- quand plusieurs adjectifs qualifient un même nom, le latin les coordonne : pulchrum et graue nomen, pulchrum sed graue, pulchrum graueque... ou même "graue, pulchrum tamen nomen"
- plutôt que "ignoto sensu... induere", je dirais "ad ignotum sensum apponere"
- dubitare plutôt que "hæsitare" (qui est aussi attesté, mais moins fréquent)
- Enfin, un relatif est souvent annoncé par un démonstratif : ad hunc sensum... cuius...

Ce qui donnerait :
Ad hunc ignotum sensum cuius tædium suauitasque me obsidunt, tristitiæ nomen, tristitiæ pulchrum graueque nomen apponere dubito.
Savez-vous qui est l'auteur de cette traduction en latin ?
Bien cordialement,
MT
Michèle TILLARD
Auteure de FLOT (latin, grec, grammaire française)
Site http://philo-lettres.fr

Sylvette DEREMOND
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Tristitia salve (ter)

Messagepar Sylvette DEREMOND » dim. 3 janv. 2021 18:37

Merci infiniment, Michèle, pour avoir pris le temps d'examiner de près cette traduction et d'en avoir proposé une meilleure.
J'ai fait des recherches sur le traducteur, qui était apparemment quelqu'un d'intéressant. Il s'appelait Alexandro Leonardo, c'est le nom qui figure sur la traduction de "Bonjour tristesse" mais on le trouve sur Internet à Alexander Lenard ou Lenard Sandor. Il est né à Budapest en 1910 , a fait des études de médecine à Vienne et s'est réfugié à Rome en 1938 au moment de l'Anschluss. Il y a travaillé comme physicien et je crois avoir compris que c'est là qu'il a étudié le latin. Après la guerre il a émigré au Brésil, ne pouvant revenir en Hongrie à cause du rideau de fer. C'est surtout la littérature qui l'intéressait. Il a écrit, des fictions et d'autres textes, donné des cours de latin, écrit des poèmes en latin, traduit en latin "Bonjour tristesse" et "Max und Moritz" (!), ainsi qu'un texte anglais, "Winnie the Pooh" qui a eu quelque succès. Ce n'était donc pas un latiniste professionnel, d'où probablement ses erreurs. Regardez sur Internet, après avoir tapé son nom, "Humanistica Lovaniensia : Journal of neo-latin studies", vous y trouverez des explications qui devraient vous intéresser, en particulier des critiques de ses traductions. En ce qui me concerne, je ne suis pas assez avancée en latin pour être à même de juger de la pertinence des analyses.
Je vous souhaite une bonne soirée.
Sylvette

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Michèle TILLARD
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Re: Tristitia salve (ter)

Messagepar Michèle TILLARD » lun. 4 janv. 2021 07:44

Bonjour Sylvette,
Merci pour toutes ces informations... Cela va intéresser, je n'en doute pas, beaucoup de nos apprenants...
Quelle biographie que celle de cet homme, digne d'un roman ! Je ne manquerai pas d'aller consulter les documents que vous indiquez...
Bien cordialement,
MT
Michèle TILLARD
Auteure de FLOT (latin, grec, grammaire française)
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