Sequence 2: une question/une precision

Il s’agit de donner aux étudiant-e-s et aux apprenant-e-s des clés pour mieux connaître, comprendre et vivre l’égalité femmes-hommes telle qu’elle se présente à elles/eux tout au long de leur cursus ou de leur vie professionnelle et citoyenne.

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Anne TSITRONE
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Sequence 2: une question/une precision

Messagepar Anne TSITRONE » lun. 5 oct. 2020 07:48

Bonjour j'ai trouvé cette sequence 2 tres intéressante, notamment du point de vue aspects historiques que je connaissais mal. J’ai eu plaisir a la parcourir, tout comme le reste du FLOT que je viens d’achever...en y passant beaucoup plus que 2h par séquence! J'ai pris beaucoup de notes, eu pas mal d'interrogations/observations tout au long de la formation...mais ca serait trop long a restituer ici, et sortirait du cadre de ce forum. Je me limiterai donc à une question et à une precision, sur cette sequence 2.

Une question:
Dans le section "Historique", il est dit qu'au 19eme, "en 1838, est créé la première ecole normale d'institutrices". Pourtant un peu plus loin, pour le 20eme, il est indiqué qu'entre 1920 et 40 " les institutrices (non considérées comme des professionnelles : c'est leur rôle d'épouse - de l'instituteur - et de mère qui est mis en avant ) s'occupant des petits." Cela m' a semble un peu contradictoire; quelle était la fonction de l'Ecole Normale d'Institutrices créée en 1838? N'etait elle pas de former des institutrices professionnelles? Pouvait-on etre institutrice entre 1920/40 sans avoir fait l'Ecole Normale d'Institutrices ? Quand il est écrit "considérées...mis en avant…" de qui parle-t-on?

Une précision de biologiste:
Dans la section "cerveau et performance" il est écrit:
« Quand le nouveau-né voit le jour, son cerveau compte 100 milliards de neurones, qui cessent alors de se multiplier. Mais la fabrication du cerveau est loin d'être terminée, car les connexions entre les neurones, ou synapses, commencent à peine à se former : seulement 10 % d'entre elles sont présentes à la naissance). Cela signifie que la majorité des synapses se fabrique à partir du moment où le bébé commence à interagir avec le monde extérieur. »
Le fait que les neurones cessent de se multiplier tres tôt, c'est également ce que j’ai appris dans les années 90, presque comme un dogme. Mais on sait aujourd'hui que la neurogenese (creation de nouveaux neurones) reste possible a l’age adulte, au moins dans certaines zones du cerveau (bulbe olfactif, hippocampe).
voir par exemple:
Alvarez-Buylla A, Garcia-Verdugo JM. Neurogenesis in adult subventricular zone. Journal of Neuroscience. 2002;22(3):629–34.
Ming GL, Song HJ. Adult neurogenesis in the mammalian central nervous system. Annu Rev Neurosci. 2005;28:223–50. doi: 10.1146/annurev.neuro.28.051804.101459
Seri B, Alvarez-Buylla A. Neural stem cells and the regulation of neurogenesis in the adult hippocampus (vol 2, pg 11, 2002). Clin Neurosci Res. 2002;2(3–4):266–8. Pii S1566-2772(02)00050-6 doi: 10.1016/S1566-2772(02)00050-6

Huguette KLEIN
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Re: Sequence 2: une question/une precision

Messagepar Huguette KLEIN » lun. 5 oct. 2020 11:55

Bonjour Anne,

Tout d'abord, je suis ravie que vous ayez apprécié notre FLOT.

Je vais essayer de vous apporter des éléments de réponse sur votre première question. Pour la question concernant le cerveau, je vais voir avec Catherine Vidal qui en est une spécialiste.

La formation des instituteurs et institutrices est le fruit d'un long processus dans l'histoire avec moult péripéties, conflits avec les écoles confessionnelles.

Je vous conseille le site " le temps des instituteurs" http://www.le-temps-des-instituteurs.fr ... rmale.html . C'est assez long mais très intéressant. en gros, depuis la Révolution, des écoles normales, voire des classes normales, ouvrent et ferment au gré des politiques en place.
Quelques extraits :
Le 3 brumaire an III (24 octobre 1794), rapport et décret sont lus à l’Assemblée par Lakanal. Il sera établi à Paris une école normale où seront appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles,  pour apprendre sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres l’art d’enseigner… les élèves formés à cette école républicaine rentreront, à la fin du cours, dans leurs districts respectifs : ils ouvriront, dans les trois chefs-lieux de canton désignés par l’administration de district, une école normale, dont l’objet sera de transmettre aux citoyens et aux citoyennes qui voudront se vouer à l’enseignement public, la méthode d’enseignement qu’ils auront acquise dans l’Ecole normale de Paris.

En 1817, un Cours normal est ouvert pour les institutrices à l’école de la Halle-aux-Draps à Paris.

c’est la loi du 28 juin 1833 qui fait des Ecoles normales des établissements spéciaux, indépendants.
Tout département sera tenu d’entretenir une Ecole normale primaire, soit par lui-même, soit en se réunissant à un ou plusieurs départements voisins. Les Conseils généraux délibéreront sur les moyens d’assurer l’entretien des écoles normales.

Une circulaire en 1836, recommande aux préfets d'appeler l'attention du Conseil général sur l'institution d'Ecoles normales de filles. La première école s'ouvre dans l'Orne à Argentan en 1838, suivie de quatre autres dans les Hautes-Pyrénées, le Jura, la Nièvre, le Doubs. Une ordonnance de 1842 approuve la création de ces cinq premières écoles. Sous la pression de l'Administration, en 1843, 32 départements allouent des crédits pour la formation d'institutrices laïques. Trois nouvelles écoles ouvrent leurs portes. Plusieurs départements fondent des bourses pour l'entretien de "cours normaux" d'élèves maîtresses dans des pensionnats de demoiselles qui se lient par contrat à l'Administration.

Il ne fallut pas moins d’un siècle pour édifier dans tous les départements une Ecole normale d’instituteurs et une Ecole normale d’institutrices. Paul Bert en est l’artisan avec la loi du 9 août 1879.
Tout département devra être pourvu d’une Ecole normale d’instituteurs et d’une école normale d’institutrices, suffisantes pour assurer le recrutement de ses instituteurs communaux et de ses institutrices communales.
Une école primaire, dans laquelle les élèves s’exercent à la pratique de l’enseignement, est annexée à chaque école normale. Il y a, en outre, auprès de chaque école normale d’institutrices, une école maternelle.


Et puis de tout temps, tous les instituteurs et institutrices n'ont pas suivi de formation dans les écoles normales. Il y a des pénuries de candidature, notamment après la première guerre. Dans "Des institutrices pour les garçons. La féminisation de l’enseignement primaire en France, des années 1880 aux années 1920" https://journals.openedition.org/histoi ... ation/1425 vous trouverez des explications au fait que les institutrices ont eu des postes "moindres". C'était souvent une condition pour obtenir un poste pour des conjoints enseignants.

Une longue histoire qu'il est difficile de résumer en une courte séquence.

N'hésitez pas à nous faire de vos questionnements et remarques, c'est une richesse pour tous et toutes

bien à vous
Huguette Klein
coordinatrice éditoriale du FLOT

Huguette KLEIN
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Re: Sequence 2: une question/une precision

Messagepar Huguette KLEIN » lun. 5 oct. 2020 15:31

Rebonjour Anne,

Je vous livre ci-dessous la réaction de Catherine Vidal, neurobiologiste.

bonne lecture
Huguette Klein


Extrait de Nos cerveaux resteront-ils humains ? Le Pommier 2019
La découverte de la "neurogenèse"
La capacité du cerveau humain à fabriquer de nouveaux neurones après la naissance, dénommée « neurogenèse », est une découverte qui date d'une quinzaine d'années. Jusqu'alors, on pensait que les processus de multiplication des neurones étaient restreints à la période intra-utérine pendant laquelle le système nerveux est en pleine fabrication.
Des recherches en laboratoire menées chez des animaux (oiseaux, poissons, mammifères) ont montré que de nouveaux neurones pouvaient "naître" dans le cerveau au stade adulte. Ces neurones sont très peu nombreux, au plus 1 ou 2 %. Chez les rongeurs, ils sont localisés dans des régions bien précises : les zones de l'odorat et l'hippocampe, une structure dont le rôle dans l'apprentissage et la mémoire est bien connu. De nombreuses questions se posent : par quel mécanisme (génétique, moléculaire, cellulaire) les nouveaux neurones sont-ils produits ? Quelles sont leurs fonctions ? Est-ce qu'ils participent effectivement à fixer les souvenirs et à garder en mémoire les informations ? Les chercheurs sont encore loin d'apporter des réponses à ces questions.

Et qu'en est-il chez les humains? La quête de nouveaux neurones dans le cerveau est particulièrement difficile compte tenu des impératifs éthiques qui limitent les possibilités de recherche sur les cerveaux humains, qu'ils soient vivants ou conservés dans le formol. Des analyses microscopiques sur des coupes de cerveau conservés dans le formol ont révélant la présence de neurones nouvellement produits dans l'hippocampe. Ceux-ci fabriquent une protéine particulière (la doublecortine) qui est spécifique des cellules en division et sert ainsi de marqueur pour identifier les nouveaux neurones.
Mais en 2018, ces résultats ont été remis en question dans une étude beaucoup plus complète que les précédentes, réalisée sur des échantillons de cerveau prélevés dans des conditions post-mortem et post-opératoire (biopsie). Les chercheurs ont scruté la présence de neurones nouvellement formés dans l'hippocampe depuis le stade foetal jusqu'à la sénescence. Ils ont observés que le nombre de nouveaux neurones diminue fortement à partir de la naissance. Seuls quelques uns on été détectés vers l'âge de 10 ans et aucun chez les adultes entre 18 et 77 ans. Il est important de souligner que l'absence de neurogenèse chez l'adulte, si elle est confirmée, ne réduit en rien l'espoir de réparer les cerveaux défaillants. Les recherches s'orientent vers d'autres pistes innovantes, telles que l'utilisation de cellules souches neuronales pour compenser la perte de neurones dans les maladies dégénératives ou suite à des lésions.

Sorrells, S., Paredes, M., Cebrian-Silla, A. et al. Human hippocampal neurogenesis drops sharply in children to undetectable levels in adults. Nature 555, 377–381 (2018). https://doi.org/10.1038/nature25975


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