Périodes Littéraires

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'''Y a-t-il une littérature latine et qu’est-ce que la littérature latine ?''' Telles sont les questions que nous pourrions poser en considérant qu’il en va de la littérature latine comme de toutes les littératures et de la littérature en général. ''Qu’est-ce que la littérature ?'' ont écrit tour à tour Du Bos et Sartre.
'''Y a-t-il une littérature latine et qu’est-ce que la littérature latine ?''' Telles sont les questions que nous pourrions poser en considérant qu’il en va de la littérature latine comme de toutes les littératures et de la littérature en général. ''Qu’est-ce que la littérature ?'' ont écrit tour à tour Du Bos et Sartre.

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Y a-t-il une littérature latine et qu’est-ce que la littérature latine ? Telles sont les questions que nous pourrions poser en considérant qu’il en va de la littérature latine comme de toutes les littératures et de la littérature en général. Qu’est-ce que la littérature ? ont écrit tour à tour Du Bos et Sartre.

La réponse à cette double question peut venir de deux types de discours : d’un côté il s’agit d’inscrire la littérature dans l’histoire afin de prouver son existence et de définir son évolution ; c’est l’objet de l’histoire littéraire ; de l’autre on n’envisage que le texte, séparé des œuvres et des auteurs en tant qu’ils ne sont que des événements de l’histoire littéraire ; c’est l’objet de la théorie littéraire qui discerne les lois du littéraire à partir des formes, des structures, des tons, des genres. Ce clivage a été formulé nettement, dès 1949, par R. Wellek et A. Warren dans Theory of literature (trad. La Théorie littéraire, Seuil), puis, dans les années 90, par M. Delcroix et F. Hallyn dans Introduction aux études littéraires, Méthodes du texte, Duculot.

C’est donc entre littérature et littérarité, selon la terminologie de R. Jakobson, que nous partirons à la recherche de la littérature latine. Et, tout d’abord, nous emprunterons la méthode diachronique de l’histoire littéraire traditionnelle, qui veut qu’il y ait des périodes littéraires, dans lesquelles le lien entre la littérature et l’histoire est étroit.

Nous distinguerons quatre grandes périodes :

  • la première littérature latine : des balbutiements aux guerres civiles
  • l’âge cicéronien
  • le classicisme augustéen, de 44 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.
  • la littérature impériale


Sommaire

Des balbutiements aux guerres civiles

Rome fut fondée en 753 av. J.-C., dit la légende si l’on s’en rapporte à l’Histoire Romaine de Tite-Live. Or, il faut attendre les discours d’Appius Claudius Caecus (vers 280 av. J.-C.) ou la première œuvre dramatique de Livius Andronicus (vers 240 av. J.-C.) pour que l’on puisse parler de véritables débuts d’une littérature latine.

L’aube de la littérature latine

Pour que naquît véritablement une littérature latine, il fallait l’élaboration d’un tempérament latin, la formation d’une pensée, les vertus d’une imagination cherchant à dépasser la littérature grecque, la rencontre entre un esprit national et la langue latine.

Le terreau de la première littérature fut cette constitution d’un caractère latin. Dès le début, les Latins se sont caractérisés par une intelligence aussi peu spéculative que propice aux sciences, contrairement aux Grecs ; de même, ils étaient marqués par un formalisme lié aux obligations religieuses, morales et sociales, par la priorité accordée au droit et à la politique, par un réalisme terre-à-terre de paysans n’excluant cependant pas un sens poétique mi-réaliste mi cosmique, enfin par une certaine affirmation de l’individu dans le cadre des institutions. Puis, progressivement, l’influence méditerranéenne a introduit un goût pour l’esthétique et la sensualité, même si le modèle grec était rejeté : les Étrusques, au nord, qui commerçaient avec les Grecs, les Grecs eux-mêmes, au sud, en Grande Grèce, les marchands faisant commerce avec l’Asie, tous contribuèrent à cette évolution. Enfin, la langue latine – contrairement aux autres parlers ou dialectes italiques – trouva sa transcription dans un des alphabets des Grecs d’occident fourni par les Étrusques, même si elle resta longtemps langue orale. Elle devint donc littéraire sans pour autant perdre ses valeurs émotive et dramatique faites pour l’auditeur et non pour le lecteur.

Des témoignages de la langue latine tels que la fibule de Préneste, le vase de Duenos ou le Lapis niger n’ont assurément rien de littéraire encore. Faut-il davantage considérer la Loi des XII Tables (apprise dans les écoles) comme un témoignage littéraire, vers 450 av. J.-C. ? On suppose qu’il y a parallèlement l’existence d’une littérature orale faite de poèmes religieux (carmina), comme l’attestent la Prière au dieu Mars, les chants des Saliens, les formules sacrées de fêtes telles que les Ambarvalia, les Meditrinalia, les chants nuptiaux ou funéraires pleins de lyrisme, sans oublier un premier art dramatique dit archaïque.

Quelles furent les premières vraies tendances ?

La rhétorique, l’histoire, l’épopée

Ces trois catégories se rejoignent dans les laudationes funèbres, les Fastes (listes de magistrats, calendriers), les Commentaires des actes politiques, les Annales (Libri Augurales), les tituli et les elogia, tout ce qui a conduit, plus tard, sous Auguste, à l’œuvre de Tite-Live.

Le drame

Selon Tite-Live, il faut attendre 364 av. J.-C. pour voir le théâtre latin naître sous l’influence étrusco-grecque des histriones ; mais une tendance populaire se développe assez tôt, faite d’un mélange de danses, de mimes et de rituels, lors de fêtes comme le Regifugium (24 février) ou l’ October Equus (15 octobre), d’improvisations libres, bouffonnes et parfois obscènes (atellanes à Atella, chants fescennins à Fescennium), sans oublier la satura, tirant son nom de la satura lanx sorte de bouillie, faite de couplets, de mimiques et de danses.

Le droit

Pour beaucoup c’est le berceau premier de la littérature latine ; en effet, les procès, inévitables dès la fondation d’une ville, donnaient lieu à des sortes de saynètes ou encore d’« actions de la loi ». La Loi des XII Tables frappe par sa netteté et par sa simplicité, mais aussi par l’apparition de tropes propres à la rhétorique (chiasmes, homéotéleutes, rythmes binaires et ternaires…) ; Appius Claudius Caecus pourrait être le premier écrivain connu de la littérature latine : censeur en 312 av. J.-C., consul en 307 puis en 296 av. J.-C., noble sabin pro-plébéien et favorable à l’hellénisme, fondateur de la Via Appia qui conduit vers la Grande Grèce, inventeur du rhotacisme, auteur d’un Carmen de moribus (sentences morales en vers saturniens), d’un De usurpationibus, il est comparé à Pythagore par Cicéron, dans le Brutus et dans les Tusculanes.

La poésie lyrique

Elle apparaît dans les carmina des Frères Arvales ou des prêtres Saliens, mais aussi dans un type de vers dont il ne reste qu’une petite centaine de témoignages (inscriptions votives ou funéraires ; citations de grammairiens), le vers saturnien / versus saturninus ; monotone et heurté en même temps, ce vers repose sur un système rythmique à deux parties inégales dont la deuxième partie est plus brève (c’est-à-dire le contraire du vers épique français) ; il est rythme plus que mélodie.

Les grandes lignes de la littérature latine sont préparées par ces fondements:

  • alternance entre l’ouverture à l’orient méditerranéen et le repli nationaliste,
  • émergence d’individualités difficiles à classer et qui prennent la littérature grecque comme tremplin en ayant le souci de se différencier,
  • évolution dans une certaine continuité par la combinaison des influences et de l’identité profonde.

De Livius Andronicus aux Gracques (IIIè siècle – Ier siècle av. J.-C.)

Les premières pierres étant posées, il s’agissait dès lors de conquérir une identité, de fonder une romanité littéraire, de se détacher des formes et des thèmes de la littérature grecque.

Le cadre social et intellectuel

Il est possible de distinguer trois périodes dans ce cadre marqué politiquement par la République.

La deuxième moitié du IIIè siècle av. J.-C. présente une littérature prête à surgir, mais encore imitée des Grecs :

  • les auteurs ne sont pas des Romains : Livius Andronicus, Naevius, Plaute ;
  • la langue latine populaire est fortement cosmopolite, par l’influence des guerres et du commerce ;
  • la mode de l’hellénisme envahit l’aristocratie : séductions d’une vie raffinée (trois siècles d’écart en termes de niveau de vie !), mécénat de quelques familles, tels les Scipions (cercle des Scipions) ;
  • le syncrétisme religieux, qui commence à s’opérer dans le culte de Cybèle en 204 av. J.-C., ainsi que l’étude d’Homère dans les écoles accroissent le phénomène ;
  • la prise de la Sicile (lors de la Ière guerre punique) et la Campanie aux portes de Rome rendent l’hellénisme incontournable ;
  • la métrique grecque, plus musicale que le vers saturnien, envahit la poésie et le théâtre.

Le IIè siècle av. J.-C. voit la conquête romaine se développer en occident et en orient, mais on assiste à une véritable invasion de l’influence grecque :

  • les grandes familles ont toutes des précepteurs grecs ;
  • le grec est la langue diplomatique ;
  • le pythagorisme et le culte de Dionysos sont appréciés ;
  • le philhellénisme conduit Flamininus à proclamer la liberté de tous les Grecs aux Jeux Isthmiques de 196 av. J.-C., à Corinthe.

Il en résulta un sursaut nationaliste à la tête duquel on trouve le célèbre Caton l’Ancien ainsi que le Sénat :

  • les bacchanales de 186 av. J.-C. sont réprimées ;
  • les livres de Pythagore sont brûlés en 181 av. J.-C. ;
  • les Grecs qui viennent à Rome sont suspects ;
  • le luxe et la médecine sont rejetés comme typiquement grecs ;
  • l’hellénisme se retire dans les lieux fermés et avertis autour de Polybe et de Panétius ;
  • le peuple, qui commence à connaître la crise sociale, se tourne vers le débat idéologique romain ;
  • la littérature voit apparaître de nouveaux genres liés à ce revirement.

Le début du Ier siècle av. J.-C. correspond à l’apogée de la République romaine :

  • le citoyen-paysan devenu citoyen-sodat est à présent citoyen-orateur ;
  • l’éloquence est maîtresse de Rome, attestée par les lieux publics (forum, basiliques, comitium, curie) et par les écoles de rhétorique ;
  • une philosophie du pouvoir, du savoir et de l’art s’élabore.

Les différents genres et les auteurs

Le besoin d’une littérature et l’aptitude à en jouir diffèrent selon les milieux, ce qui a des répercussions sur les différents genres pratiqués.

Les auteurs

Mis à part Plaute – tous les premiers auteurs furent polygraphes (auteurs de tragédies, de comédies et d’épopées) :

  • Lucius Livius Andronicus, esclave grec, pris enfant à Tarente en 272 av. J.-C., et affranchi par son maître, enseigna la littérature grecque et écrivit à partir de 240 av. J.-C. ; Cicéron en fait le premier écrivain, dans le Brutus ;
  • Gnaeus Naevius, campanien devenu citoyen romain et soldat de la première guerre punique, mort en Afrique en 201 av. J.-C., aurait écrit sa première œuvre vers 235 av. J.-C. ;
  • Quintus Ennius, messapien parlant le grec et l’osque, devenu citoyen romain dans l’entourage des Scipions, mort en 169 av. J.-C., fut le premier auteur national bien que partiellement d’origine grecque ;
  • par la suite, seul Accius continua cette tradition de polygraphe, fils d’affranchi et auteur de tragédies, d’Annales et d’ouvrages didactiques (170-86 av. J.-C.).

Les autres écrivains se spécialisèrent, comme Plaute et Térence :

  • M. Porcius Cato (234-149 av. J.-C.) : prosateur ;
  • Caecilius Statius (220-166 av. J.-C.) : auteur de comédies ;
  • Titinius, Atta et Afranius : auteurs de togatae ;
  • Pacuvius (220-130 av. J.-C.) : auteurs de tragédies ;
  • Lucilius (180 ?-103 av. J.-C.) : auteur de satires.
Les genres

1- L’épopée

Ce genre noble qui bénéficie du prestige d’Homère est traité par trois auteurs essentiellement :

  • Livius Andronicus et son Odissia ;
  • Naevius et son Poenicum Bellum (première épopée nationale) ;
  • Ennius et ses Annales.

Ces œuvres qui mêlent vieux récits italiques et fables grecques prolongent les elogia de l’aristocratie et annoncent l’histoire de Rome écrite par Tite-Live ; elles ont des difficultés à trouver un vrai langage et restent artificielles, même si Cicéron compare Ennius à Homère.

2- Le théâtre

Il s’appuie sur une tradition populaire ancienne (saturae, vers fescennins, danses scéniques étrusques) et se développe sous la forte influence du théâtre grec ; on distingue dans un premier temps les pièces à la grecque (fabula cothurnata/tragédie ; fabula palliata/comédie), puis les auteurs développent rapidement un théâtre latin de sujet romain (fabula praetextata/tragédie ; fabula togata/comédie) :

  • Livius Andronicus, auteur de tragédies (Achille, Égisthe, Andromède…) et de comédies (Gladiolus, Ludius…);
  • Naevius, auteur de tragédies (Danaé, Iphigénie…) et de comédies (Acontizoménos, Tarentilla, Figulus…), mais surtout fondateur de la fabula praetextata (Clastidium, Romulus…);
  • Ennius, auteur de tragédies et de praetextatae (Les Sabines, L’Ambracia…);
  • Caecilius Statius, auteur de palliatae imitant la comédie néa de Ménandre ;
  • Pacuvius, auteur de tragédies et d’une praetextata (Paulus);
  • Accius, auteur de praetextatae (Decius, Brutus…);
  • Luscius, Titinus, Atta, Afranius, C. Titius ;
  • Plaute, T. Maccius Plautus (254-184 av. J.-C.), auteur de 130 pièces, 21 authentiques, 2 datées, de registre populaire ;
  • Térence, P. Terentius Afer (190-159 av. J.-C.), ancien esclave affranchi, auteur de six pièces raffinées imitées de Ménandre ;

Parallèlement, il existe un théâtre peu littéraire :

  • les farces ou atellanes liées aux Jeux Osques (Novius, L. Pomponius);
  • les mimes ou parades bouffonnes (Laberius, P. Syrus);
  • les pantomimes ayant pour origine les Jeux étrusques.

3- La prose

Elle mêle au départ l’éloquence et l’histoire :

  • Q. Fabius Pictor (254-201 av. J.-C.), L. Cincius Alimentus, P. Cornelius Scipio, C. Acilius Glabrio, A. Postumius Albinus;
  • Caton le Censeur, M. Porcius Cato, auteur d’un Carmen de moribus, de Discours, d’un De Agricultura et des Origines.

Mais rapidement les deux branches se séparent :

  • l’histoire connaît elle-même trois voies : celle des Annales (L. Cassius Hemina, M. Calpurnius Piso Frugi), celle de l’inspiration archéologique (Cn. Gallius, 150 av. J.-C. ; C. Sempronius Tuditanus, 129 av. J.-C. ; M. Junius Gracchanus) et celle de la monographie et des mémoires (L. Coelius Antipater, M. Aemilius Scaurus, Sempronius Asellio, 151-121 av. J.-C.) ;
  • l’art oratoire voit surtout briller M. Cethegus Cornelius, S. Sulpicius Galba, M. Aemilius Lepidus Porcina, C. Laelius (140 av. J.-C.), C. Papirius Carbo, M. Antonius (143-87 av. J.-C.), L. Licinius Crassus, Scipio Aemilianus, et Tiberius et Caius Sempronius Gracchus (163-133 av J.-C. et 154-121 av. J.-C.).

4- La poésie

Elle commence à se développer grâce à Ennius et à ses Saturae ou ses œuvres philosophiques (Epicharmus), à Accius et à ses Pragmatica (ouvrage de critique littéraire), et surtout à Lucilius qui développa à Rome la littérature satirique des Grecs Archiloque, Hipponax et Timon (mélange de raillerie réaliste et de leçon morale) et en fait un genre latin où excelleront plus tard Horace, Perse et Juvénal.


Ainsi Rome s’est-elle métamorphosée : la culture originelle est devenue un espace intellectuel ; une identité latine s’est affimée face à la Grèce ; Rome a su accueillir, intégrer et dépasser l’hellénisme. Mais les crises du Ier siècle av. J.-C. vont bientôt arriver ; un tournant se prépare.


--Patrick Voisin 19 septembre 2011 à 16:08 (CEST)