tristitiae salve (suite)

Cette formation aborde l’étude systématique de la langue latine.

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Sylvette DEREMOND
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tristitiae salve (suite)

Messagepar Sylvette DEREMOND » sam. 2 janv. 2021 19:02

Re-bonsoir,
J'ai oublié de vous donner la phrase exacte écrite par Sagan (pour vous éviter de la rechercher, non parce que vous ne pourriez la comprendre d'après le latin!!!) : " Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse".
Bonne soirée

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Michèle TILLARD
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Re: tristitiae salve (suite)

Messagepar Michèle TILLARD » dim. 3 janv. 2021 08:53

Bonjour Sylvette,
Vous soulevez là une question importante et récurrente : celle de la traduction, qui impose à la fois une rigoureuse fidélité à l'auteur (un écrivain comme Milan Kundera revoit lui-même, mot à mot, chaque traduction de ses romans en français et en anglais) et une adaptation à l'état présent de la langue d'arrivée (on ne traduit plus le latin aujourd'hui comme au 17ème siècle)... Ici, on est face à une double difficulté : comment traduire un auteur du 20ème siècle dans une langue qu'aucun auteur vivant ne pratique plus ? Et d'ailleurs, quel latin choisir ? Traditionnellement, à l'Université, on opte pour la langue de Cicéron et César, mais c'est purement arbitraire...

Pour un thème digne de l'Université, j'aurais choisi quelques variantes :
- "ignoto sensu" à la place de "sensu ignoto" : on met l'adjectif devant le nom ;
- le latin n'aime pas le "style coupé" (dont l'ennui, dont la douceur...) : je choisirais donc : cuius tædium suauitasque
- "capiunt" est un peu faible pour "obséder" ; "obsidunt" ou "circumstant" me semblent préférable (dans "obséder" il y a l'idée d'assiéger)
- quand plusieurs adjectifs qualifient un même nom, le latin les coordonne : pulchrum et graue nomen, pulchrum sed graue, pulchrum graueque... ou même "graue, pulchrum tamen nomen"
- plutôt que "ignoto sensu... induere", je dirais "ad ignotum sensum apponere"
- dubitare plutôt que "hæsitare" (qui est aussi attesté, mais moins fréquent)
- Enfin, un relatif est souvent annoncé par un démonstratif : ad hunc sensum... cuius...

Ce qui donnerait :
Ad hunc ignotum sensum cuius tædium suauitasque me obsidunt, tristitiæ nomen, tristitiæ pulchrum graueque nomen apponere dubito.
Savez-vous qui est l'auteur de cette traduction en latin ?
Bien cordialement,
MT
Michèle TILLARD
Auteure de FLOT (latin, grec, grammaire française)
Site http://philo-lettres.fr


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